Beaucoup d’émotion au cours de ce voyage :
La joie évidemment, d’être à l’autre bout du monde, l’euphorie de skier une neige aussi bonne, mais aussi la peur de perdre une amie et la tristesse de voir une personne mourir sous mes yeux…
Désolé d’avoir pris autant de temps pour vous raconter mon trip en Alaska, j’avais besoin de recul pour vous faire part de mes sentiments, en effet, beaucoup d’émotion au cours de ce voyage :
La joie évidemment, d’être à l’autre bout du monde, l’euphorie de skier une neige aussi bonne, mais aussi la peur de perdre une amie et la tristesse de voir une personne mourir sous mes yeux…
La joie
L’Alaska ! Ma première fois !
La première chose qui m’a frappée en arrivant à Anchorage, c’est que le village que j’imaginais avec des petits restaus de poissons et des bars à pêcheur n’existe pas !
C’est bel et bien une grosse ville avec ses mc do, ses super marchés et des buildings… Un peu déçu quand même !
C’est en prenant la route pour Alyeska situé à 45 minutes plus au sud d’Anchorage que, malgré un temps couvert, le mot ALASKA pris tout son sens, les paysages sont somptueux.
Je ne vois pas le haut des montagnes, je les devine et surtout j’imagine leur taille au vu des avalanches qui déboulent jusque dans l’eau.
Les montagnes sont traversées par de grands fjords, qui, eux, transportent des blocs de glace qui restent figés dans un sable noir au moment des marées.
Je suis impatient de voir ça par beau temps, car évidemment la tempête est là, on m’avait prévenu, certaines personnes sont restées ici 3 semaines et n’ont skié que 2 jours…
Je suis en avance, la compétition n’aura lieu que dans 1 semaine et ½ , c’est l’occasion de retrouver mes potes de la « planche à neige » Berengère Moroc et Jonas Emery, ces 2 petits chanceux sont invités par North Face pour une compétition de snow.
Nous décidons de visiter la région ensemble et de partir faire une balade en bateau en espérant voir des baleines. Apres nous être rendus à Seward, le premier bateau de « promène-touristes » nous emmène vers une atmosphère particulière, une légère brume dessine le contour des montagnes, comme si des vagues de nuages venaient lécher le bord des côtes. Nous avons de la chance et nous pouvons apercevoir quelques orques et autres otaries par contre aucune baleine ne traîne dans le coin… Il paraît que ce n’est pas la saison.
Après la balade en bateau, la chasse aux ours et autres « wild life ».
Et là !Mère nature nous gâte : bisons, ours et même banbi passent poser sous l’objectif. .
Enfin bon, nous ne sommes pas là pour faire du tourisme non plus !
Première journée de ride ! ça fait 3 jours qu’il neige !La station d’Alyeska est très petite une télécabine et 3 ou 4 télésièges, la télécabine part de l’hôtel pour nous monter en haut d’une face assez raide qui arrive jusque devant les portes de la benne, aux pieds de la station.
La neige est bonne mais ce n’est pas Bizance non plus, tout juste bon pour nous énerver avant de faire de l’heliski ! J
La peur
Jonas et Berengère ont la compétition, il ne fait pas beau et je connais la station par cœur.
C’est donc au chaud que je regarde le Live à la télé, c’est au tour de B, elle commence son run ; et juste après son premier rocher, elle accroche sa board dans un shark ! (petit rocher caché sous la neige) elle roule du haut jusqu’en bas de la face. Le live est coupé par des pubs qui durent bien trop longtemps, c’est très mauvais signe, je cours dans le hall de l’hôtel pour voir ce qu’il se passe, le bar donne sur la face. Je scrute à la jumelle… Les pisteurs la descendent en barquette et j’entends l’ambulance qui arrive.
Je les rejoins aux pieds de l’hôtel.
B à la tête en sang, et le bras droit qui ressemble à un trombone que vous auriez mal déplié… Elle a une fracture ouverte.
Je monte dans l’ambulance pour l’accompagner à l’hôpital, nous sommes à 150 km/h toute sirène hurlante en direction d’Anchorage. B est mal-en-point et le chauffeur de l’ambulance me fait comprendre que c’est un code 1… Le plus urgent… J’apprendrai par la suite que c’est le code qu’ils utilisent pour les situations de vie ou de mort.
B à 14 fractures du bras droit, une hémorragie interne, une fracture à la tête et une fracture dans le dos… Après 6H d’opération, ils lui sauveront le bras, le reste se réparera seul avec du repos, sauf qu’en fait ce qui ne devait être qu’une fracture bénigne d’un disque s’est transformée en fracture de vertèbre, à l’heure où je vous écris, elle est en transfert depuis l’hôpital d’Anchorage vers celui de Grenoble pour une autre opération.
Grosse frayeur mais elle est sortie d’affaire maintenant. Garde la pèche B !
Euphorie :
Adrien (Coirier) me rejoint ! ça fait plaisir ! enfin ! je le considère comme mon frère ! c’est un peu à cause de lui si je suis là aujourd’hui, c’est lui qui m’a donné l’envie de faire du Freeride.
Nous ne nous sommes pas vus de l’hiver ! ça promet !
Après quelques jours de neige, le soleil arrive enfin.
Et quand il fait beau en Alaska qu’est ce que vous avez envie de faire ? De l’heliski baby !
Nous partons sur le glacier de Chugache, la neige est bonne et le manteau neigeux stabilisé.
Mon rêve se réalise enfin ! j’ai des guilis dans le ventre ! Les montagnes sont tellement grandes et encore vierges ! la nature nous rappelle encore une fois à quel point nous sommes petits dans ce monde.
Nous ridons toute la journée et c’est après une dizaine de déposes que nous retournons à l’hôtel la tête pleine de souvenirs et les jambes bien fatiguées.
Je ne pense maintenant plus qu’à une chose, m’organiser un trip Lodge + héliski en Alaska !
La tristesse :
Je n’ai pas envie de faire cette compétition, je ne la sens pas vraiment, j’ai toujours marché au feeling et là… bof !… Je ne peux pas m’empêcher de penser à Neil Valiton, il est mort l’année dernière jour pour jour à Tignes lors de la finale de cette même course le 11 Avril 07.
J’ai choisi une ligne gagnante, mais au moment de faire ma dernière reconnaissance, je décide de prendre une ligne plus sage et de garder le gros pour la finale de demain. Je ne suis pas vraiment confiant…
C’est donc un run tranquille que je fais, juste histoire de finir sur les pieds et de passer en finale. Je suis dans les premiers à partir, Adri m’attend en bas, il ne court pas, il a préféré faire un run d’ouverture pour préserver son genou.
La course continue et c’est au tour de John un pote que j’ai rencontré cette année, il est venu d’Aspen avec toute une équipe de potes et sa famille.
Je l’avais remarqué plusieurs fois sur d’autre courses, un mec super cool et toujours avec le sourire.
Il prend la même ligne que moi saute se rocher sur l’entrée de la face qui donne sur un petit couloir assez raide, mais au moment de placer un virage pour se freiner, il part en déséquilibre arrière et chute au-dessus d’une barre rocheuse. Tout va très vite, il passe en « tête pieds » toute la face et vient se fracasser sur une autre barre en contre bas…
Son corps inerte glisse jusqu’en bas en épousant le relief de la face.
NON, ce n’est pas possible… j’ai tous ses souvenirs de l’année dernière qui remontent a la surface.
Les pisteurs mettent un temps fou pour se rendre jusqu’à John, et le DESCENDENT en barquette jusqu’en bas, dans l’aire d’arrivée !!!! je ne suis pas secouriste, mais je pense être assez au courrant qu’à la vue de la chute et des impacts que John a subis, on ne descend pas le blessé ! on l’héliporte jusqu’à l’hôpital le plus proche !
Mais là non, les pisteurs lui font un massage cardiaque dans l’aire d’arrivée, face à ses parents et aux spectateurs ! j’ai une boule dans le ventre et des larmes qui viennent brouiller ma vue…
Un rider meeting est organisé le soir même au bar pour nous annoncer sa mort.
A notre arrivée au bar, les organisateurs et les autres riders sont en train de boire des bières et de rigoler… Je ne comprends pas !
Ils nous demandent de sortir pour nous réunir à l’extérieur (afin de ne pas gâcher l’ambiance du bar peut être ?) et nous annoncent que nous allons continuer la course demain après avoir rendu un dernier hommage à John en haut de la face. J’hallucine ! Le meeting se termine par des YEEEHAAA et autres cris à la cow-boy ! Je préfère partir.
Le lendemain, nous nous rendons tous en haut de la face à 8H00, histoire de terminer l’hommage pour John avant 9H30 (pour ne pas déranger le direct à la Télé), une fois l’hommage fini, le starter annonce « OK maintenant on va reprendre la course, John était le numéro 43 ? OK le 44 tu te prépares ! c’est à toi ! » j’ai envie de leur vomir dessus, je ne peux pas m’empêcher de penser à la famille de John, à si ça avait été Adri, à toutes ces choses qui imposent le respect lors de la mort de quelqu’un, mais bon, les Américains n’ont pas la même vision des choses, ici c’est « the show must go on ! »
D’ailleurs le show de la cérémonie aura lieu, comme si de rien n’était, avec musique à fond, bière qui coule à flots et cris de joie dans tous les sens…
Il me reste quelques jours avant de repartir, je vais passer par Los Angeles pour faire un Break chez un pote, histoire de me changer les idées.
Une chose est sûre, une énergie si forte se dégage des montagnes que l’Alaska change votre vision des choses, pour ma part elles m’auront fait traverser quelques épreuves, mais elles m’auront surtout permis de me conforter dans l’idée que la vie est belle et que chaque moment se doit d’être vécu à 200%.
Rest In Peace John


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réactions (10 réactions)
Et bon courage a Berengère!
La gerbe ce qui s'est passé et comment ça s'est fini, j'avais déjà lu un mot de B. sur l'autre billet consacré à ça.
bien triste ce qui c'est passé ... et courage
Mais que de graves émotions au cours de ces cocmpétitions. Garde le courage et la sérénité. Les A.
avec agnès de retour des US on vient d'aller faire un tour sur ton site, superbe les photos de l'alaska, triste histoire avec un pote qui part… mais dit donc il faut que tu te remettes à courir je t'ai trouvé essouflé à la fin de ton film de présentation
la bises
Dom