Comment relier la Vanoise à l'Oisans en faisant un pit-stop d'interêt ? En (re)visitant une bonne vieille classique d'escalade pardi ! "Poussez pas derrière" à la Dent de Crolles, pas un grimpeur du coin qui n'y soit allé. Il est donc temps pour notre cordée d'y frotter la gomme. Mais la vie n'est pas si simple...

Nous voilà donc fraîchement partis du camping chartreux où nous avons pris nos quartiers d'un jour, pour gravir la Dent (encore une, après la récalcitrante du dentiste). Il est presque midi... Le col du coq nous offre un choix de places déjà limitées. C'est rien de dire que le lieu est fréquenté, on croise des groupes de dix à douze personnes pendant la marche d'approche. Par contre, pas un chat côté grimpe. L'occasion pour moi de remballer ma valise d'excellentes blagues faisant allusion au nom de la voie. Hum...

Inutile de s'enflammer sur l'ascension, les quelques photos suffiront à illustrer l'ambiance. Beaux dièdres, petits surplombs, jolis pas, le tout d'un niveau "grimpeur moyen+ du dimanche et jours fériés", ce qui ma va très bien. Retour pépère à la voiture. Une poignée d'heures se sont écoulées et le massif des Ecrins retient déjà toute mon attention. Qu'allons nous pouvoir y faire ? Quelle météo ?

"Eh mer.., j'ai encore oublié de fermer la caisse...", éructais-je en l'accostant. Ca m'arrive de temps en temps, j'avoue. Rapide coup d'oeil dans l'habitacle, disons dans le range-matos : piolet, crampons bien visibles, les grosses sont toujours là, les sacs avec le "chaud" aussi. Le coffre, lui, est toujours au bord de l'implosion, tout va bien. Séparation de la cordée, thèse d'Astrid oblige. Cap sur Gre. Toujours sympa de revenir! Je prends une douche salvatrice et intemporelle dans le premier endroit qui en abrite une. C'est bon de connaître ce genre de coins. Direction la fac, "mais où est donc ce foutu porte-monnaie ?" Pas le temps de s'apitoyer sur son sort, pour une fois que je suis pas en retard quelque part... il sera toujours temps de le chercher. Et puis c'est comme ça presque tous les jours, pas de quoi flageller un matou.

La thèse se passe. Félicitations du jury. Félicitations Astrid! Un pot convivial et agréable. Et trouvaille culinaire à la clé (recette des muffins chorizo et tomates séchées, merci!), avec bon vin svp. Je loge chez des amis, on est tous crevés, eux bossent demain. Rideau. Et demain sera un autre jour, où les porte-feuilles réapparaissent. Ca m'arrive fréquemment ce genre "d'autres jours", et ça marche aussi avec la pompe à vélo, les clés de la voiture, le vélo d'ailleurs, et plein d'objets divers et variés. Inch 'Allah.

Un nouveau jour se lève. Moi de même. Dingue ce qu'il fait chaud, heureusement que c'est ma semaine montagne. Dur dur pour ceux qui restent dans le four... Passée cette seconde d'autosatisfaction, me revoilà confronté à la réalité. Screening de la voiture, je sors même le triangle de signalisation au fond du fond du coffre, je vérifie la roue de secours, d'ici à ce que mon porte-feuille se décide à faire de la spéléo. Un constat s'impose : je suis bel et bien dépourvu de mes papiers d'identité, et de tout le reste. Désargenté liquide, décartebancairisé, décarté tout court (si si j'ai plein de cartes dans mon porte-monnaie : celle de la piscine où je vais jamais, license de tel ou tel sport, carte de visite pour faire bien), déforfaitisé (ça aussi je trimballe, parce que sinon j'oublie le forfait X pour la station X et j'ai les points dans le ...), déplantisé (le petit plan de Paris, indispensable!). Bref, à poil! Et tout à refaire. Je convulse à l'idée de passer mon temps à arpenter les administrations à la recherche du formulaire RC5678-12 à remplir pour pouvoir se faire délivrer le sésame ZN 135 qui donne le droit de patienter deux heures au guichet 69 au fond à droite, etc. Tout le monde a vu les douze travaux d'Asterix. Moi je perfore un ulcère avant d'arriver au tiers de cette épreuve.

Direction l'hôtel de police pour porter plainte. Pas possible sans les codes d'opposition et le numéro des cartes de crédit (que je viens de me faire voler - non je ne connais pas le numéro par coeur). Direction la banque... qui ferme cinq minutes plus tôt que d'habitude et n'est pas motivée pour reporter le déjeuner d'une seconde, visiblement c'est mon jour de chance. Tant pis pour ça, je vais pas y passer quinze heures. Direction l'hôtel de Police, je commence à connaître le chemin. Coup de fil de mes parents : "t'aurais pas perdu quelque chose ?". Damned, les nouvelles vont vite ! Et elle sont bonnes, c'est la facteur d'un patelin pas loin de la Dent de Crolles qui l'a récupéré. Adieu perforation, opération en urgence pour gastrectomie et infection nosocomiale, je revis!

Direction mon sherpa administratif. Que je retrouve en grand désordre mais au complet, argent liquide en moins évidemment. Enfin, si je peux m'éviter un ulcère et tout ce qui va avec... Direction l'hôtel de police, la voiture s'y rend toute seule. Patience. Procès verbal et déclaration de vol avec effraction. En effet, j'ai enfin remarqué un trou de quelques centimètres à côté du barillet. Ce dernier a donc certainement été enlevé pour permettre facilement à je-sais-pas-trop-qui de se servir. Pas de souvenirs de l'endroit où j'avais laissé mon porte-monnaie. Probablement au vu de tous. Ce qui est une connerie, même en montagne. Si ça peut vous éviter une aventure semblable... A bon lecteur !